Lili Maxime
Revue de presse: Mais tu n'as pas d'enfants...
DE MOTS ET DE MUSIQUE
SYLVIE MOUSSEAU
DES HISTOIRES QUI SÈMENT LA DOUCEUR
Pour cette chronique, je vous propose deux œuvres inspirées par des récits de vie. D’abord, le nouveau recueil de Lili Maxime qui vient tout juste de paraître où elle nous présente une courtepointe de récits de divers genres littéraires. En musique, Flavie Léger-Roy s’est inspirée de ses ancêtres acadiens pour imaginer ce nouvel opus.
…MAIS TU N’AS PAS D’ENFANTS, LILI MAXIME
Écrit un peu comme un tango où les histoires s’entrelacent et s’imbriquent les unes aux autres, ce recueil de courts textes de l’autrice originaire du Lac-Saint-Jean nous transporte dans divers univers, lieux et différentes époques. L’amour de la musique, de l’art vocal, de la littérature, de la danse et de la peinture occupe une grande place dans ce recueil singulier. Des liens se tissent entre les récits, les personnages et les lieux.
Fiction ou réalité? « Je présente rien, je crée », écrit l’écrivaine. L’autrice de la saga Ma chère Louisiane, dont le premier des quatre romans a reçu le Prix France-Acadie, arrive ici avec un tout autre genre de livre aux voix multiples, beaucoup plus éclaté. Après avoir travaillé pendant cinq ans à l’écriture de Ma chère Louisiane, elle a eu envie d’une pause, de voyages et d’aller ailleurs. C’est ainsi qu’elle s’est mise à l’écriture de ces collages de textes, portraits, nouvelles et poèmes, lui permettant de laisser libre cours à sa créativité. Son inspiration lui vient des autres d’abord, de leur unicité et de leur culture, nourrie aussi par ses propres expériences de vie et des rencontres bouleversantes l’ayant marquées.
Il est question de son passé, de son enfance au Lac-Saint-Jean aux côtés de ses six frères, de son père Léonce Vaillancourt et de sa mère Pâquerette Fortin. De mères en filles, en fils, des histoires se trament au fil des différentes époques. L’amitié, l’amour, la tendresse, la peur de l’abandon, la vieillesse, la passion pour l’art traversent son œuvre.
« La beauté est difficile à porter, vous savez. Le regard des autres. Sans complaisance, confie un modèle qui décide de tout abandonner après un défilé. Il y a aussi le récit très touchant d’une chirurgienne en pédiatrie, d’origine tunisienne, qui a immigré au Canada ou encore celui de la jeune femme qui souhaite entrer au conservatoire pour qui tout est musique. Plus on avance dans le recueil, plus les histoires deviennent intéressantes et plus on saisit les liens qui se créent entre les récits, en suivant le parcours de certains personnages. Il y a cette rencontre entre une dame et un homme plus jeune dans un train. À travers le temps, ils ne s’oublieront pas.
L’autrice qui a voyagé dans plusieurs régions du monde et qui a vécu en Louisiane est venue souvent en Acadie. Elle relate notamment ces rencontres avec Antonine Maillet. « Comment peut-on à la fois être si menue et si grande dame? Jusqu’à raconter, créer des personnages plus vivants que nature, écrire à profusion. Porter pendant des décennies l’histoire de son peuple sur ces épaules frêles et dans cette tête bien coiffée. »
On se retrouve aussi à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale où une enseignante dans une école de rang discute de l’hiver avec un enfant, dont le père est Acadien. Entre les textes, on retrouve des œuvres de l’artiste-peintre et sculpteur André Desjardins et des images d’archives privées qui font écho aux récits.
Si au début du recueil, on est un peu désorienté en lisant les textes, plus on tourne les pages, plus on s’accroche à ces récits. Il s’agit du 6e livre de l’autrice. (Éditions La Grande Marée, 2026)